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Un film documentaire sur la guerre d'Algérie, par Alain de Sédouy

Archiviste de sa mémoire, le capitaine classe les photos de ses guerres perdues. Il sait aujourd’hui que « c’est toujours dans le dos des soldats que se jouent les guerres menées au front. » Et s’il devait résumer, au seuil de sa vie, ce qu’il ressent, cela tiendrait en un seul mot : l’abandon.

 
Intentions du réalisateur

Si l’on veut que la France règne en Algérie sur huit millions de muets : elle y mourra. Si l’on veut que l’Algérie se sépare de la France : les deux périront d’une certaine manière.

Albert Camus, Chroniques algériennes,1958

 

C
omment raconter l’histoire de la Guerre d’Algérie et ses conséquences, à la génération post coloniale ? A ses débuts « guerre sans nom », elle est devenue une guerre idéologique et peut-être une « guerre sans fin ».

Entre concurrence victimaire et dénonciation de la colonisation, elle est aujourd’hui l’enjeu d’un discours revendicatif, alimenté par le sentiment d’exclusion dans lequel vivent beaucoup de jeunes Français d’origine algérienne. Et en privilégiant, depuis quelques temps, des positions militantes, ce discours a contribué à la confusion qui s’est instituée entre polémique et Histoire.

LE DESTIN D’UN CAPITAINE veut montrer d’autres faces de la guerre d'Algérie :

• Celle d’une armée, engagée aussi dans la lutte contre un sous-développement endémique aggravé par la croissance démographique, le bled étant « en voie de clochardisation » pour reprendre la formule de l’ethnologue Germaine Tillon.• Celle des officiers SAS, les Sections Administratives Spécialisées, à mi-chemin entre le civil et le militaire, dont la mission générale était le rétablisse-ment de la paix auprès d’une population prise en otage. Ils se sont vus confier des attributions identiques à celles des anciens administrateurs civils mais avec beaucoup plus de moyens.

• Mais aussi celle de l’engrenage de la terreur qui fit du peuple un sus-pect. Le FLN en en faisant son arme principale dès le début de la guerre, a conduit l’Armée Française, à recourir à des méthodes de combat contraires à ses traditions et à ses valeurs, en particulier l’usage de la torture dans la recherche du renseignement.

• Celle de la victoire militaire du coté français, avec la réussite du Plan Challe en 1959, puis de la défaite politique en 1960, avec les manifestations massives du FLN à Alger, dont l’aboutissement sera, dès les premiers jours de l’Indépendance, l’exode des européens, l’aventure suicidaire de l’OAS et le mas-sacre des Harkis, victimes expiatoires de la Guerre.

• Celle enfin de la crise morale de l’Institution militaire française, com-mencée en Indochine avec l’abandon des supplétifs vietnamiens, qui a atteint son apogée avec le putsch des généraux à Alger, en 1961.Ceux qui verront LE DESTIN D’UN CAPITAINE s’étonneront que les habitants des villages des Beni Douala, adversaires ou partisans de la France, pendant la guerre d’Algérie, n’aient pas souhaité témoigner dans le film. Tous ceux que j’ai rencontrés, ayant vécu dans la SAS ou connu Georges Oudinot, n’ont pas voulu y participer pour de nombreuses raisons. La plus partagée étant d’échapper à un passé mortifère et de voir tourner la page d’une guerre cruelle, qui fut suivie d’une autre, civile cette fois, qui, elle aussi, a basculé dans la barbarie, et dont les blessures, dans les deux cas, sont loin d’être cicatrisées. Leur silence confirme l’importance du traumatisme algérien dans nos deux pays.

Alain de SEDOUY

 
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© 2012 Le Destin d’un capitaine, documentaire sur la guerre d’Algérie, d’Alain de Sédouy.
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