L'actualité


 

Un film documentaire sur la guerre d'Algérie, par Alain de Sédouy

Archiviste de sa mémoire, le capitaine classe les photos de ses guerres perdues. Il sait aujourd’hui que « c’est toujours dans le dos des soldats que se jouent les guerres menées au front. » Et s’il devait résumer, au seuil de sa vie, ce qu’il ressent, cela tiendrait en un seul mot : l’abandon.

 
16 septembre: De Gaulle, la trahison


On se souvient de ce 16 septembre 1959 dans lequel pour la première fois De Gaulle prononça le mot "autodétermination" à propos de l'avenir de l'Algérie! Coup de tonnerre en Métropole et dans le monde, mais surtout une totale incompréhension de la part des Algériens, notamment ceux engagés à nos côtés que ce soit à titre militaire, à titre de supplétifs ou les administrés des douars sous contrôle des S.A.S..

Comme le montre notre film "Le destin d'un capitaine", le peuple algérien venait de voter le maintien dans la France et personne ne comprennait qu'il fallait revoter pour dire ce qui avait déjà été dit. Quand aux Pieds-Noirs, ils venaient de prendre un grand coup sur la tête et se trouvaient totalement déboussolés! L'armée, elle qui avait la victoire en main et qui n'avait pas été consultée, ni informée, continuait ses actions comme si de rien était, mais chacun s'interrogeait du simple soldat au haut commandement.

Que voulait dire le Président, lui qui avait été ramené au pouvoir pour conserver l'intégrité du territoire national "de Dunkerque à Tamanrasset!"

Benjamin Stora, l'omniprésent "spécialiste" de l'Algérie, nous livre une réflexion sur les éléments qui ont amené De Gaulle à opter pour une trahison de ses engagements vis à vis de la nation et en particulier des algériens: Européens,  Arabes et Berbères, musulmans, juifs et chrétiens.

Lire à ce sujet ce que l'auteur a écrit sur "Mediapart" en suivant ce lien.

Et ce qu'en dit Jean Daniel du "Nouvel Obs" en suivant ce lien. 15.09.2009
A qui De Gaulle a-t-il menti ?

Il y a cinquante ans, le 16 septembre 1959, De Gaulle prononçait un discours décisif accordant aux Algériens rien de moins que l’autodétermination. La guerre d’Algérie est alors loin d’être terminée. La France peut prétendre qu’elle est en train de gagner la guerre sur le terrain même si elle la perd sur le front diplomatique. Dans son dernier livre « le Mystère De Gaulle » (1), Benjamin Stora souligne que les dirigeants algériens n’étaient pas préparés à ce discours. Les dix colonels, « divisés entre eux, savent qu’ils ne représentent qu’une part de l’opinion algérienne musulmane. Cent mille paysans en armes, les Harkis, se trouvent aux côtés de l’armée française dans les campagnes. Malraux le leur a rappelé en les foudroyants d’une formule : ‘Il ne suffit pas de prendre un fusil pour représenter le peuple’ ». Mais dans ses « Mémoires », Ferhat Abbas écrira : « Dans la guerre d’Algérie, le 16 septembre 1959 marque une date historique (…) Le problème est virtuellement réglé ».

Je me trouvais à Tunis ce jour-là et je me souviens de certains propos que Ferhat Abbas avait adressés devant moi à l’envoyé spécial du « New York Times », Tom Brady. Celui-ci avait été frappé par le fait que le leader algérien ne pouvait dissimuler son admiration pour l’audace du président français. D’ailleurs, à la même époque, Germaine Tillion notait « l’immense popularité de De Gaulle dans les masses musulmanes ». En août 1959, un mois avant, De Gaulle avait consulté chacun de ses ministres en conseil. Dans un livre devenu un classique, Jean Lacouture a souligné combien les débats avaient été vifs. Benjamin Stora cite le propos d’Edmond Michelet, Garde des Sceaux, chrétien progressiste, ancien déporté et qui n’a jamais toléré la torture : «  Il n’est pas question d’amener notre drapeau à Alger mais je ne verrais pas d’inconvénient à ce qu’un autre flotte à côté de lui, comme à Lille l’étendard des Flandres auprès du drapeau tricolore. » C’est Jean-Marcel Jeanneney qui, de manière plus précise encore que celle de Couve de Murville, observera que « l’indépendance est inévitable ».

Alors, dans son livre, comme toujours rigoureux, sensible et intuitif, Benjamin Stora pose à nouveau le problème de l’origine et de la genèse de la décision gaullienne de se résigner à l’indépendance totale de l’Algérie. Pour ce faire, il reproduit le texte intégral du résumé que le cabinet militaire du général a fait d’une intervention aux officiers supérieurs de l’armée. C’est un document saisissant quand on le relit aujourd’hui. De Gaulle dit aux officiers que leurs succès militaires ne constituent en rien la solution et que, sans la participation directe des Algériens, rien ne sera possible. Bien sûr, certaines possibilités restent ouvertes et de Gaulle ne désespère pas encore de conduire les Algériens à des accords d’association avec la France.

Benjamin Stora a tout à fait raison de renvoyer dos-à-dos les idéalistes du gaullisme et ses procureurs grincheux. Reste que, pour ma part, je me suis fait dès cette époque plusieurs convictions. La première est que tout a changé en 1958 avec la proclamation de l’égalité des Algériens, qu’ils fussent ou non musulmans. L’avenir appartient aux neuf millions de musulmans et non au million de pied-noirs. Ensuite, j’ai compris, grâce au discours de Dakar, que de Gaulle s’engage à ne plus jamais rien faire contre les vœux des autochtones. Enfin, j’ai compris quelle était la vraie préoccupation du général, préoccupation que je trouvais fondée et que Couve de Murville m’avait confiée avant de faire sa dernière intervention à l’ONU. De Gaulle jugeait complètement outrecuidante la décision du FLN de se considérer comme le seul et unique représentant du peuple algérien. Il voulait que l’avenir de l’Algérie fut décidé par des élections libres. Un certain nombre de refus, de retards et d’atermoiements qui ont conduit à l’échec certaines négociations sont explicables par cette attitude. Il n’est pas indifférent de noter qu’il y a eu plusieurs analystes algériens et non des moindres pour noter, bien plus tard il est vrai, que le FLN n’aurait pas dû confisquer les fruits des combats et des victoires pour l’indépendance.

De Gaulle a abandonné les Harkis : c’est son crime - et le nôtre. Tantôt par ambiguïté tantôt par omission, il a menti aux Français d’Algérie et surtout à certains chefs militaires : c’est sa faute. Mais il a toujours souhaité une émancipation des Algériens qui se ferait en association avec la France pendant une dizaine d’années. Il a échoué. En fait, à la fin, il a tout simplement décidé de délivrer la France de l’Algérie. Il était le seul à pouvoir le faire.

Jean Daniel
 
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© 2012 Le Destin d’un capitaine, documentaire sur la guerre d’Algérie, d’Alain de Sédouy.
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